Une douleur de la jambe à diagnostiquer en urgence

Une douleur de la jambe d’apparition rapide, une urgence diagnostique et thérapeutique.

Cette histoire est celle d’un jeune sapeur pompier volontaire âgé de 22 ans est appelé pour une intervention dans le maquis, en terrain accidenté.

Il présente au cours de l’intervention une entorse de la cheville gauche ; il est donc évacué en sautillant sur le pied droit avec l’aide d’un collègue (ceci sur un terrain accidenté, avec des chaussures type « rangers »).

Le service des urgences  prend en charge sa cheville gauche, le diagnostic d’entorse talo-crurale (de la cheville) est justement posé. Ce jeune sapeur-pompier se plaint de la jambe droite (en antéro-externe), mais il n’est pas donné de suite à ce problème dans l’immédiat, d’autant plus qu’il n’existe pas de notion traumatique directe sur cette jambe droite.

48h après, le patient consulte pour cette douleur de jambe qui s’accentue, devient pulsatile, insomniante, associée à des paresthésies de plus en plus marquées.

La consultation médicale :

11h00: cliniquement petite tuméfaction palpable sur le 1/3 inférieur de la loge antéro-externe, évoquant une petite hernie musculaire, mais surtout déficit total de la flexion dorsale de la cheville et de l’extension des orteils. Déficit sensitif sur le territoire fibulaire.

11h15: échographie de principe: quelques signes indirects de souffrance musculaire, à savoir un épaississement global significatif de la loge antéro-externe, associé à un nuage hyper-échogène diffus traduisant la composante oedémateuse. On repère une discrète hernie musculaire au tiers inférieur.

11h30: mesure de la pression intra-musculaire de la loge antéro-externe de la jambe droite avec un moniteur de pression Stryker, au repos uniquement, au vu de l’impotence fonctionnelle marquée. La pression mesurée au sein de cette loge antéro-externe est excessivement élevée, à 115 mm de hg, ce qui nous confirme la forte présomption que nous avions de diagnostic de syndrôme de loge aigu. Une décompression chirurgicale en urgence est indiquée.

11h45: un bilan biologique avec dosage de CPK de principe est réalisé, même si pas indispensable pour le diagnostic, mesurées à 7 700.

14h00: l’aponévrotomie en urgence est réalisée.

à J + 21 suite décompression chirurgicale de la loge antéro-externe MID. Déficit moteur du tibial postérieur et de l’extenseur des orteils. Extenseur de l’hallux en contraction assez satisfaisante. Il est décidé de réaliser une rééducation en CRF en milieu marin.

à J + 7 semaines, marche correcte sans boiterie, problème de force des releveurs tout de même. Rééducation poursuivie en CRF. Le renforcement isocinétique peut être une solution à distance si évolution difficile.

à J + 9 semaines, la course à pied a été reprise sans problème, nette amélioration en terme de force.

A l’interrogatoire, a postériori, on retrouve tout de même une notion de vague douleur antéro-externe des 2 jambes, à la course prolongée…

Rappel SDL (syndrôme de loge aigu ou chronique):

En ce qui concerne la loge antéro-externe, il s’agit d’un problème de d’inadéquation contenu (muscle)  –  contenant (aponévrose), entrainant une pression excessive dans la loge musculaire, à l’effort notamment.

En effet, l’enveloppe de la loge antéro-externe n’est pas extensible à l’infini et lorsque les possibilités de distension deviennent limitées, la pression augmente, le muscle souffre et l’on observe une rabdomyolyse (nécrose musculaire) plus ou moins importante. Pour illustrer, nous pourrions imaginer un sac trop petit pour contenir un muscle qui prend trop de volume à l’effort.

L’augmentation du volume musculaire à l’exercice est physiologique, en rapport avec une hyperhémie d’effort, des troubles de l’osmolarité du secteur interstitiel…
Le potentiel de distension de l’aponévrose est déterminé par un facteur constitutionnel parfois (loge trop exigüe),  acquis (micro-traumatismes répétés, accidents musculo-aponévrotiques avec tissus fibreux plus rigides.

Habituellement, la douleur est le signe d’alerte qui va imposer l’arrêt de l’exercice, la hernie musculaire la soupape de sécurité qui permet de diminuer légèrement la pression intra-musculaire.

Dans le cas de figure décrit ce jour,  nous  sommes face à un syndrome aigu, nécessitant une aponévrotomie large en urgence (ouverture du « sac » contenant le muscle) afin de libérer le muscle en souffrance, les lésions pouvant être rapidement irréversibles, avec des séquelles conséquentes à la marche chez ce jeune homme de  20 ans.

Le syndrôme de loge (la forme chronique en particularité) est méconnu mais très fréquent chez le sportif, alors il est intéressant de s’y pencher dès qu’il y a des signes d’alerte tels que des douleurs d’effort régulières diminuant rapidement au repos.

Le renforcement musculaire chez l’enfant et l’adolescent sportif

Un enfant peut-il effectuer la musculation en toute sécurité?
L’évolution du sport moderne, aussi bien en terme de technicité que de préparation athlétique, a entrainé inévitablement une prise en charge spécifique de plus en plus précoce chez les jeunes sportifs en terme de préparation physique.
Ceci est vécu au quotidien au sein des classes sportives, centres de pré-formation régionaux et centres de formation.

Rappelons avant tout que l’élément charnière incontournable chez l’enfant sportif est le pic de croissance. En effet, cette période délicate est corrélée à la présence de cartilages de conjugaison qui, si les sollicitations sont excessives, évoluent vers des pathologies dites de croissance. Celles-ci impliqueront alors un arrêt sportif plus ou moins long.
Cette période critique est variable selon les individus, souvent proche de 12 ans chez la fille et 14 ans chez le garçon.

Les règles générales:

Avant le pic de croissance:
La production naturelle d’hormones anabolisantes étant modeste à cet âge là, il est illusoire de rechercher une musculature semblable à celle de l’adulte.
Le gain de force peut être réalisable, pas l’hypertrophie musculaire.
La musculation devra être réalisée sous forme d’exercices ludiques (ateliers avec obstacles par exemple), en privilégiant la vitesse d’exécution et non la charge, le poids du corps de l’enfant pouvant être alors utilisé pour doser les exercices (réalisés en décharge). Ces séances de renforcement seront couplées à des exercices de proprioception et de coordination.

Pendant le pic de croissance:
Cette période charnière nécessitera une vigilance accrue et une surveillance de la part des personnels encadrants, selon les mêmes règles pré-citées. La progressivité est de mise et celle-ci ne sera possible que si la tolérance est bonne et si la technique a bien été acquise par l’adolescent.
Une version allégée sera proposée aux adolescents en surcharge pondérale.

Après le pic de croissance:
Le ralentissement de la croissance et le statut hormonal permettront le développement de la force et l’hypertrophie musuclaire. Les charges pourront progressivement être augmentées, à raison de 2 fois par semaine en moyenne maximum en se contentant d’une à deux séries par groupe musculaire et un maximum de 8 exercices par séance de musculation.
Autours de 17 – 18 ans, si la technique a bien été intégrée par le sportif, les séances peuvent être comparables à celles de l’adulte.

Quels sont les risques?
Les pathologies des cartilages de croissance par sollicitations excessives (en terme de volume ou d’intensité) ou mauvaise technique, les douleurs musculaires post-effort (D.O.M.S.) par mauvais dosage et pas assez de récupération entre les séances.

Quels sont les avantages?
L’amélioration de la performance, la prévention des blessures par ré-équilibrage musculaire et par augmentation globale de la résistance aux contraintes liées au sport.

Quelles conditions idéales de pratique?
L’apprentissage avec l’aide d’une éducateur formé et raisonnable.

En conclusion, la musculation est un bon complément dans le cadre d’une préparation physique. Pour ne pas nuire à la santé, elle doit être maitrisée techniquement et surtout très progressive.

Activités physiques et perte de poids

Anomalies musculaires dans l’obésité et le diabète de type 2 : intérêt de l’activité physique ciblée.

Les sujets obèses et les patients diabétiques de type 2 présentent des anomalies musculaires qui conduisent à une insulino-résistance et à des altérations du métabolisme du glucose et des oxydations (dégradation avec l’aide de l’oxygène) des lipides au repos et au cours de l’exercice.

L’activité physique régulière est actuellement reconnue comme un moyen de prévention et une thérapeutique particulièrement efficace dans l’obésité et le diabète de type 2 avec les effets attendus suivants :

-facilite la perte de poids et la perte de masse graisseuse avec participation au maintien de la perte de poids à long terme
-réduit la tension artérielle
-améliore le bilan lipidique (triglycérides et cholestérol)
-améliore la sensibilité à l’insuline, prévient l’apparition du diabète
-participation à la perte pondérale et surtout au maintien de la perte de poids à long terme
-amélioration de la composition corporelle (augmentation de la masse musculaire et diminution de ma masse graisseuse sous-cutanée et intra-viscérale)
-augmentation de la densité minérale osseuse
-évite l’apparition du diabète
-meilleure qualité de vie

Toutefois, si les bénéfices de l’activité physique régulière sont admis, sa prescription reste insuffisamment répandue et surtout trop souvent empirique car généralement pas individualisée à partir de bases physiopathologiques précises.

Dans le but d’améliorer la prescription de l’activité physique chez les sujets obèses et les patients diabétiques de type 2, il a été développé une méthode d’exploration à l’effort qui permet d’une part d’analyser les troubles de l’oxydation des glucides et lipides qui résultent des anomalies métaboliques musculaires et de définir de définir une intensité optimale de ré-entraînement.

Cette méthode consiste en la réalisation d’une épreuve d’effort à la recherche du point de croisement de l’utilisation des glucides et des lipides au cours de l’exercice (la puissance pour laquelle l’énergie est fournie à 70% par les glucides et à 30% par les lipides).

Au-delà de ce point, toute augmentation de la puissance de l’exercice accroît la dépendance vis à vis des glucides au détriment des oxydations lipidiques (qui sont prioritaires dans les objectifs que nous cherchons à atteindre).

En pratique, cette épreuve d’effort consiste à faire réaliser au patient a jeun, 5 paliers de 6 minutes sur cycloergomètre (vélo)  à des intensités correspondant à 20%, 30%, 40%, 50% et 60% de la puissance maximale théorique. Les échanges gazeux sont mesurés en cycle à cycle, au repos et durant les trois dernières minutes de chaque niveau d’exercice. A chaque niveau, les débits d’oxydation glucidique et lipidique sont déterminés.

Deux puissances d’exercice peuvent être déterminées afin de caractériser la balance glucido-lipidique à l’effort : celle correspondant au point de croisement des débits d’oxydation des glucides et des lipides (PC GL) et celle correspondant au débit maximal d’oxydation lipidique (Lipox max).

Sur les différentes études réalisées, après un ré-entraînement pendant deux mois à raison de 3 séances de 45 min par semaine, il a été démontré que ce type de prescription individualisée de l’intensité de ré-entraînement avait un effet favorable sur la composition corporelle (diminution de la masse grasse et maintien de la masse maigre) et permettait un déplacement du Lipox max et du PCGL vers des intensités plus élevées d’exercices (effet bénéfique de ce ré-entraînement sur les anomalies métaboliques musculaires).

Quel bilan préalable avant activités physiques ?

Le système cardio-pulmonaire : tension artérielle, électrocardiogramme d’effort, réalisation d’un test d’effort métabolique pour déterminer le niveau d’entraînement correspondant à l’oxydation (l’utilisation) maximale de des lipides pendant l’effort. L’appareil locomoteur, les yeux pour le diabétique (fond d’œil préalable).

Déroulement de l’épreuve d’effort métabolique:

Objectif du test proposé :

Evaluer l’aptitude aérobie, rechercher un facteur limitant éventuel (musculaire, cardiaque ou pulmonaire) et rechercher les repères pour affiner le réentraînement. En cas de symptomatologie d’effort, le test nous aidera à mieux comprendre les problèmes ressentis lors de l’exercice (essoufflement, fatigue, douleurs musculaires…).

L’épreuve d’effort en pratique :

Prévoir une tenue de sport adaptée pour l’épreuve d’effort ainsi qu’une serviette pour se sécher après l’effort.  Si un bilan cardio-vasculaire a été prescrit au préalable, pensez à l’apporter le jour de l’examen.

Pendant l’examen, une surveillance permanente est effectuée; elle concerne:

– votre électrocardiogramme
– votre pression artérielle
– votre ventilation grâce à un masque ou un embout buccal
– votre essoufflement et la fatigue de vos membres inférieurs
– votre saturation en oxygène au niveau capillaire (capteur sur un doigt) selon les cas

Le médecin peut être par ailleurs amené à réaliser une épreuve fonctionnelle respiratoire avant et après l’exercice.

Les risques liés à la réalisation d’un test d’effort :

La salle test dispose d’un matériel adapté en cas de complication; les risques sont peu fréquents (troubles du rythme cardiaque, malaise, complications articulaires ou musculaires, chute lorsque le test se déroule sur tapis) et les complications graves sont très exceptionnelles (infarctus, arrêt cardiaque, décès).

En cas de problème sérieux, nous serions alors amenés à vous hospitaliser afin de vous surveiller et de vous donner un traitement adapté.

La prescription des activités physiques ciblées en pratique :

Après réalisation du tes d’effort précédemment décrit (épreuve métabolique) qui permet de déterminer précisément les objectifs cibles.

Prévoir au minimum 3 séances de ré-entraînement par semaine, au ninimum 45 minutes par séance, à une intensité qui sera contrôlée avec l’aide d’un cardio-fréquence-mètre le plus souvent (petit appareil qui enregistre la fréquence cardiaque).

Si diabète : surveillance de la glycémie capillaire avant et après effort, se munir de sucre rapide, à prendre si hypoglycémie.

L’activité physique sera très progressive, modérée, à distance d’un repas (idéal 3h) avec échauffement et récupération indispensables, associée à  une répartition alimentaire diversifiée, équilibrée sur 3 à 4 repas. Il sera par ailleurs demandé de modifier ses habitudes (prendre un escalier, se garer à distance d’un lieu de RDV, éviter de prendre votre véhicule pour un petit trajet…).

Quelles activités physiques proposées :

Activités ciblées et contrôlées : 3 fois par semaine type marche, course à pied, vélo, elliptique

Activités complémentaires : randonnée pédestre, natation, gymnastique…

Le choix se fera en fonction des possibilités locales, physiologiques ou mécaniques.

Bases scientifiques ayant inspiré l’article : Service de Physiologie Clinique. Unité métabolique (CERAMM). CHU de Montpellier. 34295 MONTPELLIER cedex 5

Article site internet A.C.Ajaccio

L’ACA au bons soins du Dr Gilles TESTOU

Spécialisé en médecine du sport, le Dr Gilles Testou officie à l’AC Ajaccio depuis 1996. Son activité se partage entre le groupe professionnel de l’ACA, le centre de formation, avec une implication plus grande au sein de la formation à compter du 1er mars 2012, dans un souci d’être prêts pour l’agrément  tant attendu du centre par la FFF, et son activité libérale au sein du centre de médecine du sport.

Lorsqu’il se trouve sur le banc de touche pendant les matchs, Gilles Testou a les mêmes sentiments qu’un supporter, avec son lot de joies et de peines.  Mais Gilles Testou, appelé amicalement  « le Doc » par chacun à François Coty,  est avant tout un médecin.  Il vit sur le banc avec une inquiétude permanente pour les joueurs, surtout dans les périodes de reprise après une blessure : « on a toujours la hantise d’une rechute » explique-t-il.
« Ce que j’apprécie le plus dans ma vie professionnelle, c’est le travail en équipe, pouvoir exercer la médecine sans être confronté à des scénarios parfois tragiques, comme ce fut le cas à mes débuts, lorsque j’étais médecin urgentiste. Voir un joueur revenir en haut niveau après avoir subi l’épreuve qu’est la blessure est pour moi une grande satisfaction.  J’aime aussi le côté technique des examens médicaux (type épreuves d’effort) que j’ai la chance de réaliser moi-même, ce qui n’est pas toujours le cas dans les autres clubs ».

Aux petits soins avec les joueurs
Sa mission revêt divers aspects : d’abord, la visite d’aptitude des nouvelles recrues avant la signature de leur contrat. Le docteur effectue un examen clinique traditionnel associé à un test d’effort musculaire et cardio-respiratoire avec détermination de l’aptitude aérobie. Pour résumer, il s’agit de vérifier l’état de santé du joueur arrivant.
Gilles Testou organise la prévention des blessures en coordination avec les kinésithérapeutes Florian Renucci et Brais Garcia, l’ostéopathe Xavier Lucciardi, et le staff technique Olivier Pantaloni et Stéphane Paganelli. Il s’agit de cibler les facteurs favorisants afin de les corriger.  Des ateliers de prévention sont organisés, dans la mesure du possible, deux fois par semaine : ils consistent en des exercices de renforcement spécifique, d’étirements…
Au quotidien, le médecin du club assure le suivi traumatologique des joueurs, c’est-à-dire la gestion des blessures. Le passage de la réhabilitation de l’athlète blessé est délicat : le lien entre l’infirmerie et le terrain appelle à une personnalisation de la reprise.
Le docteur gère aussi le « suivi longitudinal » en d’autres termes l’obligation des clubs professionnels français à établir une biologie régulière et des bilans cardiaques annuels et à les communiquer de manière aux instances centralisatrices qui établissent des statistiques. Le but est de prévenir la mort subite du sportif et le dopage.
« Au 1er février, nous comptions 25 blessures ayant entrainé l’absence à un match officiel ou un arrêt sportif d’au moins 5 jours, hors récidives, sur un effectif de 29 joueurs » explique le docteur  « Les blessures sont survenues dans 68% des cas à l’entrainement. Nous avons relevé une large prédominance d’accidents musculo-tendineux (de l’ordre de 60%), ce qui nous a incité à plus de vigilance en ce qui concerne le travail de prévention, notamment en terme de pathologies des adducteurs et de la région pubienne. »

Une enfance phocéene et bocognanaise
Lorsqu’il a intégré l’ACA en juillet 1996, le docteur Testou était en train de passer sa spécialité en médecine du sport : « J’ai eu l’opportunité d’intégrer l’AC Ajaccio alors qu’il était à l’époque en Nationale 2 (CFA actuelle). C’était donc un club qui montait, qui gagnait et qui regardait déjà vers le haut. Pour moi, c’était le scénario idéal pour parfaire mes connaissances en médecine du sport, monter en puissance petit à petit et évoluer en même temps que le club » se souvient-il.
Né à Marseille, Gilles Testou a vécu toute sa scolarité dans la cité phocéenne, notamment au lycée Saint-Charles.  « La Corse a toujours été mon point d’ancrage à chaque vacances scolaires, comme tous les Corses de la diaspora, notamment à Bocognano, le village natal de ma mère ou je garde les meilleurs souvenirs de jeunesse ».
A la fin de ses études secondaires, il suit le même chemin que son grand-frère et rejoint les bancs de la faculté de médecine de la Timone : « L’aspect qui m’a séduit initialement, c’est le fait de pouvoir modifier l’évolution naturelle d’une maladie, évênement  qui était il y a un siècle considéré comme une fatalité».  Après avoir été urgentiste, il décide d’exercer en médecine générale pour ensuite prendre le chemin de la médecine du sport.

Le sport, une philosophie de vie
« J’ai une vision du sport qui se décline en plusieurs : d’abord, le sport santé, qui permet d’obtenir un état proche de la définition de l’Organisation mondiale de la santé à savoir un état de bien être physique et mental. Puis le sport plaisir, avec ou sans compétition. Et enfin, le sport professionnel que l’on peut assimiler à un sport-spectacle »  indique le Dr Testou. Celui -ci collabore également avec l’équipe du volley pro A du GFCOA et les pôles espoirs football et judo.  Le sport, il connaît bien : il a pratiqué le rugby pendant dix ans. Bénéficiant maintenant de moins de temps libre, il entretient sa forme avec du jogging et du tennis à ses heures de loisir. Passionné par la richesse et la variété culture américaine et des Etats-Unis, il y voyage dès que son travail lui accorde un peu de répit : New-York, Chicago, San Francisco. Marié et père de deux enfants, Jérôme, 18 ans et Camille, 14 ans, Gilles Testou est un homme à la vie bien remplie.

Médecin et supporter
Son métier de médecin ne s’arrête parfois pas qu’aux joueurs. Il n’est pas rare qu’un membre du personnel administratif fasse appel à lui en cas de gros rhume ou de grippe comme c’est le cas en cette période hivernale.  Au quotidien, il pense et vit en rouge et blanc. Le docteur Testou  a vécu la montée en Ligue 1 comme chacun, avec toute la riche palette d’émotions inoubliables. « Devant la défaite comme la victoire, il m’arrive d’avoir des réactions semblables à celles de tout supporter » confie-t-il. « Un souvenir des multiples ancdotes: je me rappellerai toujours d’une causerie de Rolland Courbis à l’époque où il était entraîneur de l’ACA. C’était à l’occasion d’un  match à Nîmes où l’on jouait le titre de champion de France de Ligue 2, au moment de la première montée parmi l’élite.  Rolland avait parié avec les joueurs qu’ils perdraient le match. Il a donc pris le contrepied et c’est exactement le contraire qui s’est passé : ils ont gagné ce match, certainement grâce à cette source de motivation ».

Chaque saison, le temps passé avec les joueurs et les staff technique apporte son lot d’amitié et de confiance. Tous ont le même but en commun : donner le meilleur de soi pour que le club aille le plus loin possible dans les performances sportives.

Bio express du Gilles Testou

  • 20 janvier 1967: naissance à Marseille.
  • 1994 : Diplômé de la Faculté de Médecine de Marseille.
  •  1996: Capacité d’aide médicale urgente (Nice).
  • 1996 : Capacité de Médecine et Biologie du Sport (Marseille – Montpellier).
    Juillet : Entrée à l’ACA (équipe en nationale 2, équivalent de la CFA actuelle).
    Octobre : installation en libéral à Porticcio.
  • 2006 : Diplôme universitaire de nutrition du sportif (Paris).
  • 2008: exerce dans centre de médecine du sport à Ajaccio en plus de l’activité au club (groupe Pro et centre de formation).
  • 2011 : Diplôme inter-universitaire de physiopathologie de l’exercice et de tests d’effort (Paris – Montpellier Strasbourg).
  • 2012 : Diplôme inter-universitaire d’échographie de l’appareil locomoteur (Paris – Montpellier).

Environnement et performance

L’environnement peut-il influencer sur les performances sportives ?

Les infrastructures: jusqu’à la première guerre mondiale, la Corse n’était pas dotée de terrain de sport, alors que sur sur le continent, les terrains pelousés et salles de sport commençaient leur développement.

En effet, Ajacciens et Bastiais étaient logés à la même enseigne. Les premiers s’entrainaient au Diamant ou au Casone, sur un sol rocailleux et irrégulier alors que les seconds évoluaient place Saint Nicolas qui demeurait le meilleur terrain de football de Bastia.
Que dire du tour de Corse cycliste (vélocipède) il y a une siècle, suivant les routes du littoral avec plus de 600 kilomètre et un dénivelé que l’on connait, les vélos au poids de l’époque, sur une durée de quinze jours.
Aujourd’hui, le manque cruel d’infrastructures se fait toujours cruellement sentir avec une tentative de rattrapage du retard mais bien sur avec un train de retard. Ainsi, l’on ressent cette éternelle impression de décalage de 20 ans par rapport à nos homologues continentaux.
Alors sur le plan médical, faut-il se demander si sur nos terrains des sport inadaptés, nous ne comptons pas plus de pathologies de croissance et de lésions du complexe pied – cheville chez nos jeunes footballeurs, plus de pathologies rotuliennes chez nos volleyeurs professionnels?

Le matériel: lorsque l’on voit les chaussures utilisées en athlétisme ou au football au début du siècle dernier, on comprend aisément que les performances athlétiques aient évolué, sans parler des connaissances et outils modernes d’entrainement.
Au quotidien, nous sommes amenés à étudier les foulées des sportifs, l’analyse de l’équilibre statique et biomécanique et à corriger le cas échéant les anomalies rencontrées. Alors on peut imaginer que nos sportifs vieillissent mieux, notamment sur le plan articulaire. Curieusement, ils donnent l’impression de se blesser plus, du moins, ils consultent plus qu’autrefois, mais au vu de l’augmentation des exigences (techniques, physiques avec augmentation des volumes et intensité des entrainements), cette augmentation doit être relativisée.
Alors oui, les bonnes conditions matérielles de pratique du sport permettent bien sur réellement de prévenir les blessures spécifiques, appelées « technopathies ».

L’environnement néfaste: la famille et les amis, agents d’un jour. Eviter le syndrôme de réussite par procuration lorsque un père voit en son fils un nouveau Zinédine Zidane, éviter comme la peste les amis, proches ou entraineurs qui feront croire que l’enfant ou adolescent a toute les qualités pour réussir alors qu’il n’y a en réalité aucun espoir.
Dans les deux cas de figure, l’enfant vit dans un mode irréaliste et perd les repères d’une croissance et d’une scolarité normale.

L’environnement technique: les rugbymans internationaux de l’époque de Pierre Albaladéjo s’entrainaient 2 fois par semaine. Aujourd’hui, les séances sont quotidiennes ou bi-quotidiennes avec une ultra-spécialisation du contenu des séances, aussi bien sur le plan physique que technique et tactique. Les entraineurs et préparateurs physiques poussent leurs « formules 1 » au maximum de leurs possibilités.

L’environnement médical: lorsque l’on voit l’évolution de la médecine et de la physiologie du sport depuis un demi-siècle, on met en évidence les formidables outils mis à disposition du sportif en terme de prévention des blessures, de prise en charge de celles-ci et d’optimisation de la performance.

En conclusion: un enfant a des prédispositions qui seront optimisées au mieux en fonction des événements de la vie, des rencontres et des éléments environnementaux décrits ci-dessus.
L’élément indispensable à l’épanouissement de nos jeunes sportifs est de les laisser vivre leur passion sans leur imposer notre choix tout en leur inculquant des valeurs qui se perdent au vu de ce que nous entendons du haut des gradins le week-end.

Lutter contre la Mort subite du sportif

La mort subite du sportif (MSS), événement dramatique qui survient au décours de la pratique sportive nécessite une réaction immédiate, à savoir des manœuvres de réanimation avec un seul objectif, sauver une vie coûte de coûte.

Mais c’est en amont que vous avons aussi le devoir d’agir, c’est à dire en prévenant le risque de mort subite, qui, rappelons-le est majoritairement d’origine cardio-vasculaire (90% des cas).

La MSS est estimée à 2000 cas par an en France, nombre probablement sous-estimé. Elle touche principalement les hommes. Il s’agit souvent de troubles du rythme cardiaque chez les moins de 40 ans et de pathologies des coronaires au delà. La Corse n’est malheureusement pas épargnée chaque année.

La prévention de la mort subite du sportif, c’est le dépistage des sujets à risque par des examens médicaux appropriés et un suivi médical adapté au profil du sportif.

« Docteur, pouvez-vous tamponner le certificat médical ? C’est pour la licence de début de saison de mon fils ! Vous pouvez signer sans crainte, il est sportif ! » Cette phrase est répétée dans les cabinets médicaux, cliniques et hôpitaux tant de fois en début de saison. Et souvent, pour « rendre service » (service empoisonné), des praticiens ou secrétaires « tamponneurs » répondent favorablement à cette demande.

Car les sportifs qui malheureusement disparaissent sur les terrains de sport sont parfois des pratiquants réguliers, ce qui surprend souvent.

En Italie, les certificats médicaux de début de saison sont délivrés après examen médical avec électrocardiogramme de repos dès l’âge de 12 ans (recommandations qui existent à présent au niveau Européen une fois tous les 2 ans au minimum). Les praticiens italiens ont pu ainsi constater une réelle augmentation du dépistage de certaines pathologies cardiologiques type malformations.

Alors, certes, les examens médicaux de base ne permettent pas de tout détecter (l’échographie cardiaque et les tests d’efforts sont des éléments importants dans le diagnostic; ces examens doivent être ciblés) mais si des médecins arrivent à détecter quelques cas à risque, ceux-ci représenteront probablement autant de vies sauvées. Car on parle souvent du suivi médical des sportifs de haut-niveau, des professionnels. Et les autres alors, pourquoi n’auraient t-ils pas autant de chance que ces sportifs de l’élite ?

Sans titre

L’expression bien connue « le sport c’est la santé » ne doit pas être remise en cause, elle est toujours d’actualité, d’autant plus que l’activité physique est pratiquée de manière régulière, modérée et avec un suivi médical annuel quel que soit l’âge et le niveau de pratique. Un examen clinique et un électrocardiogramme coûtent au maximum 40€, des chaussures de sport entre 40 et 300€, lorsqu’on rechigne à la dépense, cherchez l’erreur !

La prévention, c’est également le suivi de quelques règles de bon sens: bien s’hydrater, consulter en cas de douleur ou d’essoufflement, réaliser un bilan médical régulier, ne pas pratiquer d’activités physiques intenses en cas de fièvre…

Le traitement de ma mort subite du sportif, c’est une réanimation adaptée et surtout rapide. 3 points à retenir: « alerter les secours, masser, défibriller ».

Ceci implique la présence de défibrillateurs semi-automatiques (DSA) dans les enceintes sportives et la formation du plus de personnes possibles (gardiens de stades, kinés, entraineurs, éducateurs, arbitres, sportifs…).

L’association « 14 » qui fait son tour de France pour promouvoir la prévention de la mort subite du sportif s’est arrêtée en septembre en Corse (à Ajaccio puis à Bastia) et peu de personnes se sont déplacées pour assister à ces conférences. Dommage que l’on se soit encore une fois que dans la réaction et que l’on ne s’intéresse pas à ce fléau lorsque l’on n’est pas touché personnellement.

Comme le disait une collègue cardiologue récemment, on trouve dans tout établissement qui reçoit du public un extincteur tous les 10 mètres; si l’on compte le nombre de mort subite chaque année en France (sportifs et non-sportifs) on parlera en dizaine de milliers. Combien de DSA disponibles pour ramener ces gens à la vie ? On craint le feu mais pas l’arrêt cardiaque ! Ces dossiers avancent peu et pourtant il y a bien le « feu ».

Pour télécharger les règles de bonne pratique des activités physiques, cliquez ici.

Quel bilan médical en début de saison ?

Le bilan médical de début de saison, un point de départ pour une préparation athlétique ciblée.

Pourquoi passer chez le médecin avant de débuter la saison sportive ?
Les objectifs ciblés sont les suivants:
– Rechercher une éventuelle contre-indication qui pourrait nuire à la santé du sportif voire lui être fatale (la hantise de tout médecin du sport étant la mort subite du sportif).
– Rechercher les points faibles afin de les corriger dans la mesure du possible, par exemple, une raideur de certaines chaines musculaires, un déficit musculaire, un déficit d’endurance. Ça sera également l’occasion de corriger un trouble au niveau des appuis podoscopiques ou un trouble rachidien.
– Définir les repères pour personnaliser la préparation athlétique, aussi bien en terme de renforcement musculaire, de travail aérobie, de travail intermittent ou de travail d’appui par exemple.
– Fixer des limites éventuelles, notamment en ce qui concerne les zones de fréquence cardiaque ou les charge à développer en musculation.
– Enfin, délivrer des conseils nutritionnels, d’hygiène de vie et de prévention des conduites dopantes.

Quel bilan médical réaliser ?
Voici quelques profils de sportifs et les examens qui sont les plus pertinents:
Jeune gymnaste ou danseuse réalisant plus de 8h d’entrainement par semaine: examen clinique soigné avec attention particulières sur le rachis (aidé des radiographies si besoin), dépistage du surentrainement, surveillance de la croissance et des apports nutritionnels.
Jeune footballeur en centre de formation: examen clinique soigné, électrocardiogramme de repos, épreuve d’effort cardio-respiratoire (VO2 max sur tapis), échographie cardiaque, podoscopie statique et dynamique, évaluation isocinétique (musculaire quadriceps – ischio-jambiers) selon le profil, détermination du poids de forme avec masse grasse par la somme des plis cutanés.
Sportif de 40 ans pratiquant des courses en montagne: épreuve d’effort cardio-respiratoire (VO2 max) après avoir examiné soigneusement le sportif, échographie cardiaque selon les cas, recherche de pathologies articulaires latentes liées aux contraintes des entrainements, mise en place d’une stratégie nutritionnelle adaptée.
Sportif occasionnel désirant pratiquer la plongée bouteille: recherche d’antécédents type asthme, maladies cardio-vasculaires, neurologiques ou ORL, examen clinique cardio pulmonaire et ORL soigneux aidé éventuellement d’une tympanométrie, électrocardiogramme de repos.
Anciens judoka de bon niveau en surcharge pondérale qui désire pratiquer la course à pied: examen clinique, épreuve d’effort cardiologique, voire VO2 max, prise en charge nutritionnelle après bilan biologique.
Footballeur professionnel: examen clinique complet, analyse de foulée, échographie cardiaque, VO2 max sur tapis, bilan biologique complet, évaluation isocinétique quadriceps – ischio-jambiers et autres examens en fonction du profil et des antécédents.

Comment utiliser en pratique les données recueillies lors du ce bilan médical ?
– Expliquer les bases de l’entrainement au sportif qui s’entraine sans l’aide d’un professionnel: par exemple apprendre à se servir d’un cardio-fréquence-mètre lors des séances d’entrainement avec les repères déterminés lors du test VO2 max.
– Mettre en place une collaboration étroite avec le préparateur physique, entraineur et kiné: cibler un renforcement musculaire pertinent, fonction des résultats du test musculaire par exemple.
– Rester en contact avec le staff médical afin d’affiner la préparation et prévenir les blessures ou le surentrainement

Au total, un bilan personnalisé au profil du sportif est accessible pour tous.

Une accession en ligue 1, une saison de tout repos pour le staff médical ?

Il est habituel de dire qu’une saison qui finit ainsi est une saison ou rien de pouvait nous arriver. En fait, même si sur différents journaux spécialisés, Ajaccio était donné dans le tiercé perdant, le club dans son ensemble a du effectuer un travail de fond dans les différents secteurs pour compenser différents handicaps que nous ne citerons plus.
Le STAFF technique a le soucis de la performance et de l’effectif, le STAFF médical en a d’autres, la gestion des blessures avec une hantise, la récidive.

1. Une saison avec peu de blessés ?

Oui, c’est vrai, cette année a été assez tranquille si l’on comptabilise le nombre de joueurs blessés. Par contre, ça n’est pas pour autant que l’investissement des hommes en blanc a été moindre, notamment celui des kinés, qui sont en première ligne en cas de coup dur. En effet, en amont de la blessure, on note un travail au quotidien de prévention des blessures, mis en place par le STAFF technique et le STAFF médical. La prévention s’exerce dans différents domaines tels que la pubalgie, les lésions musculaires ischio-jambiers et les entorses. Nous n’avons rien inventé et ceci est réalisable dans tous les sports, y compris dans le cadre de sports individuels. Encore faut-il avoir l’environnement adéquat et les connaissances adaptées.

Voici quelques exemples de groupes de prévention dans lesquels les sportifs qui sont présents à risque peuvent être intégrés et qui sera proposé aux joueurs pour la saison à venir:

1. Groupe PUBALGIE – ADDUCTEURS:

travail de postures (chaine postérieure, adducteurs, psoas-iliaque…), gainage abdominaux, excentrique adducteurs… 5 jours par semaine en salle.

2. Groupe ISCHIO-JAMBIERS:

2a. Sans déficit de la force musculaire:

travail d’étirements de la chaine postérieure (complexe suro-achilléo-plantaire) 5 jours par semaine en salle, encadrés 2 jours par semaine.
travail de renforcement à l’elastique ( geste technique de frappe de balle, 3 séries de 10 des 2 côtés) 2 jours par semaine.
travail de renforcement excentrique de terrain 2 jours par semaine (à genoux à deux).
travail de renforcement à l’élastique ( geste technique de frappe de balle) les jours de match 20′ avant l’échauffement, dans les vestiaires.
massages et alternance chaud-froid en récupération après les grosses séances ou matchs.
thérapie par ondes de choc radiaires si foyer cicatriciel.

2b. Avec déficit de la force musculaire:

idem groupe 2a en réalisant ,1 jour par semaine en semaine de match et 2 jours en période de préparation, un renforcement excentrique sur dynamomètre isocinétique (Biodex) guidé par le test musculaire initial et contrôlé après 12 séance.
massages et alternance chaud-froid en récupération après les grosses séances ou matchs.
thérapie par ondes de choc radiaires si foyer cicatriciel.

3. Groupe TRICEPS SURAL – TENDON D’ACHILLE:

travail d’étirements de la chaine postérieure (complexe suro-achilléo-plantaire) et excentrique (stanish) 5 jours par semaine en salle (voir fiche sur site cmts2a.fr).
travail d’étirements encadrés 2 jours par semaine.

4. Groupe PROPRIOCEPTION:

atelier proprio (avec alternance des supports, avec travail combiné des membres supérieurs) 5 jours par semaine en salle, 1 fois par semaine sur le terrain avec ballon.
renforcement musculaire de l’articulation concernée (genoux ou chevilles) avec ou sans dynamomètre isocinétique 1 jour par semaine

2. Une complémentarité entre les STAFFS ?

Je dirais même plus, la complicité est même requise entre le STAFF technique, le STAFF médical, les joueurs et l’équipe dirigeante. C’est ainsi que doit être bâtie une équipe qui gagne.
Dans cette complémentarité, il faut intégrer que lorsqu’un groupe a de bons ou mauvais résultats, c’est l’ensemble du groupe qui en est à l’origine. En effet, si l’on prend l’exemple d’un faible taux de lésions musculaires, il faut prendre en compte que ce résultat incombe au préparateur physique qui a bien dosé son programme, à l’entraineur qui a su gérer son effectif (surtout en période de matchs rapprochés), au kiné qui a dirigé des protocoles de prévention au quotidien, à l’ostéopathe qui a su traiter les facteurs favorisants et au médecin qui a su coordonner les soins et anticiper les problèmes, notamment ceux liés au blessures à répétition.

3. Au total,

Passer une bonne saison pour un STAFF médical, c’est ne pas entendre parler de nous, rester dans l’ombre et travailler en toute sérénité, en espérant que ça durera…

Les crampes du sportif

La crampe, enchaînement de contractions brutales et incontrôlées d’un ou plusieurs muscles, est parfois une véritable calamité en fin de course ou en fin de match.
Cette contraction, qui peut être très douloureuse, peut survenir au repos ou à l’effort.
Au repos, les crampes sont souvent nocturnes et les origines peuvent être variées.
Nous nous pencherons sur les crampes d’effort, les plus courantes chez le sportif.

Quel est le mécanisme intime d’apparition d’une crampe ?

Le mécanisme des crampes communes n’est pas clairement défini même si l’on pose différentes hypothèses (neurologique, métabolique ou vasculaire).
On peut noter des anomalies au niveau des unités motrices avec notamment  un épuisement synaptique de cholinestérase, enzyme qui normalement détruit l’acétylcholine et qui dans ce cas de figure ne peut empêcher des contractions permanentes des fibres musculaires concernées.

Les conditions qui entraînent l’apparition des crampes sont les suivantes:
– effort inhabituel en terme de volume, intensité ou condition d’exercice (chaleur élevée, hygrométrie importante),
– épuisement des réserves musculaires glycogéniques (insuffisance d’apport sucré avant et pendant l’effort),
– déshydratation avec souvent un manque d’anticipation dans les habitudes de ré-hydratation pendant l’effort,
– déficit en potassium, calcium (rôle dans la contraction et relaxation musculaire), sodium (pertes en sel non compensées lors d’efforts longs en ambiance chaude) et/ou en magnésium,
– acidose au sein du muscle par accumulation d’ions H+ non compensée,
– technopathie (matériel non adapté type conflit chaussures ou chaussettes avec la cheville ou le mollet, strapping trop serré…) avec souvent un retour veineux perturbé,
– geste technique non adapté (troubles biomécanique pied, genou, hanche…),
– fatigue musculaire post-infection virale.

Il est bien sur nécessaire de différencier la crampe d’un accident musculaire spontané ou d’une pressions excessivement élevées (syndrôme des loges).

Quels sont les sportifs les plus exposés aux crampes ?

Les sujets peu entraînés effectuant des efforts inhabituels sont des sujets classiques, ceci d’autant plus qu’ils ont peu de réserves en glycogène et qu’ils sont déshydratés.

Les sujets entraînés qui ont eu une préparation physique inadaptée, qui ont une technique inadaptée ou qui présentent un déficit en éléments essentiels (glycogène, sodium, eau…).

Comment traiter et prévenir les crampes ?

• Par l’arrêt immédiat de l’effort qui est inéluctable
• Par la mise en place d’étirements de la loge musculaire concernée
• Par l’application de chaleur associée à un massage doux (de l’extrémité du membre vers son insertion)

La prévention passe par préparation musculaire adaptée associée à une stratégie nutritionnelle cohérente par rapport à l’effort réalisé:

• entraînement ciblé et objectifs sportifs réalistes,
• échauffement de qualité,
• étirements réguliers,
• hydratation avant d’avoir soif associe à des apports de glucose avant, pendant et après-l’effort si l’effort dépasse plus d’une heure trente, avec un apport en sel si l’effort est très long et si l’ambiance est chaude (ne pas compenser les pertes d’eau sans compenser celles du sel),
• alimentation pré-effort adaptée (pasta party, fruits secs…),
• récupération suffisante, avec utilisation éventuelle de chaussettes de récupération ,
• équipement adapté, utilisation de manchons d’effort.

En résumé :

La crampe, véritable frein dans des situations de fin de compétition peut être évitée. Cette prévention passe par une préparation athlétique et nutritionnelle adaptée à l’objectif sportif ciblé.

 

Pathologies dans les sports de lancer

Les pathologies traumatologiques du membre supérieur en rapport avec le geste sportif sont nombreuses et variées, aussi bien en terme de localisation que de mécanisme intime.
Il faut dire que dans des sports tels que le tennis, le hand-ball, le volley ou le base-ball, la gestuelle est exécutée par l’épaule et le coude à des vitesses angulaires et des amplitudes parfois étonnantes lorsque l’on analyse en détail les différentes étapes du mouvement.

L’épaule:

Les pathologies microtraumatiques de l’épaule sont très fréquentes. Elles nécessitent une analyse du geste sportif afin de bien comprendre le facteur déclenchant et les corrections à y apporter.

Les trois phases (qui peuvent présenter des dysfonctionnements) sont:
. l’armé
. l’accélération
. la décélération

Dans la démarche diagnostique, observer et bien examiner le sportif permet déjà à donner 90% de la réponse.

L’imagerie, qui est parfois difficile à interpréter du fait de la complexité de ces épaules hyper-sollicitées, est d’une aide certes précieuse mais elle se doit d’être ciblée (il faut savoir ce que l’on cherche pour trouver!).
D’ailleurs, nous retrouvons beaucoup d’anomalies sur des épaules asymptomatiques.

Les facteurs en cause lors de ces pathologies sont:
– l’amplitude, souvent extrême, bien que l’épaule soit l’articulation la plus « mobile » que l’on possède. La stabilisation et les limites sont imposées par la capsule, les ligaments et les muscles (et c’est là que nous pourrons le plus aisément intervenir).
– la vitesse d’exécution du geste avec parfois plus de 3000°/sec.
– les contraintes importantes en terme de force développée.
– les différents traumatismes directs de l’épaule tels que les contusions, luxations.

Les pathologies observées sont:

Conflits: les tendons de la coiffe des rotateurs, notamment le supra-épineux, glissent sous une voute ostéo-ligamentaire. Bien souvent, ce glissement ne se fait pas correctement et ce conflit entraine une tendinopathie.
– Instabilités de l’éapule avec ou sans lésion des bourrelets.
– Pathologies neurologiques: compression des nerfs supra-scapulaire et grand dentelé.
– Arthropathies acromio-claviculaires: dégénérescence de l’articulation entre la clavicule et l’acromion (protubérance de l’omoplate).

La prévention:
– Etirements
– Adaptation du geste technique
– Techniques de recentrage de la tête humérale
– Renforcement musculaire objectivé par une évaluation isocinétique, afin d’approcher l’équilibre musculaire idéal.

Le coude:

Les pathologies du coude lors du lancer sont plus rares et sont retrouvées lors de sollicitations à vitesse rapide. Il n’est pas rare de les observer sur le continent nord américain chez les « pitchers » qui lancent la balle de base-ball à une vitesse phénoménale.
ces lésions concernent l’articulation (radio-ulnaire, huméro-ulnaire, huméro-radiale), les ligaments, les tendons et muscles qui s’insèrent dans la région du coude.

Au total:

Lorsque l’on pratique un sport qui nécessite de telles contraintes au niveau de l’épaule et du coude, il est nécessaire d’associer au travail technique une travail de renforcement musculaire adapté. les kinés, médecins du sports et rééducateurs connaissent bien les objectifs à atteindre par le renforcement (notamment celui entre les rotateurs interne concentriques et rotateurs externes excentriques de l’épaule, qui sont proches de 1 idéalement).
Les étirements des membres supérieurs sont moins connus et malheureusement trop souvent négligés.
Le reste de la prise en charge est purement médicale avec rééducation fonctionnelle ciblée, infiltration réparation arthroscopique…
En un mot, ne pas laisser évoluer une douleur débutante chez un sportif réalisant ces gestes répétés au quotidien car le temps perdu au départ sera multiplié par 3 à l’arrivée.